Ladji Doucouré élu "champion des champions français 2005"
« Vous êtes le champion des champions français pour l'ensemble des rédactions de l'Equipe. Quelle est votre première réaction ? Cette année n'était pas une année facile pour gagner. La concurrence était rude quand on voit ce que les autres sportifs ont également réalisé. Je suis surtout très touché de voir que les gens ont apprécié ce que j'ai accompli aux Championnats du monde. Vous succédez à Laure Manaudou au palmarès qui, cette année, est désormais derrière vous au classement. Qu'est-ce que cela vous inspire ? Elle aurait du gagner mais je pense que les élections ont eu lieu avant ses deux titres aux Championnats d'europe et ses records du monde. J'ai aussi un peu de chance et je suis fier de passer derrière elle, car elle a beaucoup marqué l'année dernière, ce qui n'est pas mon cas. Cela donne une petite histoire avec le malheureux qui n'a pas réussi lors des JO et se retrouve au premier rang l'année suivante. Vous bénéficiez d'un incroyable capital sympathie et pourtant vous vous faites très discret en dehors de la piste... Je suis simplement plus à l'aise sur le terrain sportif. Je ne veux pas mettre mon nez partout, je ne serais pas capable de le gérer même si je ne manque pas de confiance en moi. Mais je ne me vois pas intervenir en dehors de mon domaine d'activité. Et le statut de champion qui doit promouvoir sa discipline, est-ce que vous l'assumez ? Ça commence à venir. Je me rends compte qu'il faut parler de soi car il n'y a pas que moi qui en bénéficie. Tous les futurs sportifs également. Si aujourd'hui l'athlétisme est connu, c'est grâce à Marie-Josée Pérec ou encore Jean Galfione. Leur réussite a servi aux générations suivants, à moi désormais d'en faire autant même si je n'y arrive pas toujours. Mais votre rôle est désormais étendu en dehors de la piste... Je n'ai pas à subir une trop grosse pression parce que j'ai réussi à gagner une grosse compétition. Maintenant je dois rester au top mais il faut aussi faire accepter aux gens le fait qu'il arrive de perdre, ne de pas être opérationnel tout le temps. Cela fait partie de la vie de tous les jours. Cette saison 2005 qui s'achève sur un titre de champion des champions s'est-elle déroulée comme vous l'aviez prévu ? Exactement, comme prévue. Je me suis fixé de petits objectifs après les Jeux, gagner les Championnats d'Europe en salle, battre mon record, aller plus vite que l'année précédente sur 60 m haies, faire la tournée aux USA. Tout cela s'est bien passé. Ensuite je voulais monter encore d'un cran pour être bien présent aux Championnats du monde, décrocher une médaille. Je l'ai fait , j'ai battu mon record personnel sur 110. Et puis, il y a eu le relais. Nous avions envie de faire quelque chose ensemble. Après le 110 m haies vous faites un tour d'honneur, dans le relais, vous êtes en revanche spectateur pour être parti le premier, comment avez-vous vécu ces deux moments très différents ? L'émotion n'était pas la même. Dans la première course, tout dépendait de moi alors que dans la seconde, je suis responsable au départ mais après je ne maîtrise plus rien. J'étais spectateur et je ne pouvais rien faire. Il ne me restait qu'à crier et à attendre comme toutes les personnes qui étaient assises derrière leur poste de télévision ou dans les tribunes. L'attente a été longue, le stress intense, nous avons fini comme des fous.